PESTICIDES, de la parole d’une femme au cri d’une mère

Sylvaine Reyre est un écrivain avec qui nous avons partagé les bancs de l’école élémentaire et primaire de Saint-Agnant-les-marais, cette petite commune sur la route qui mène à l’île d’Oléron, autrefois agricole, aujourd’hui banlieue de Rochefort-sur-mer et maison de retraite à l’air libre pour fonctionnaires et citadins aisés parqués dans des lotissements qui ont défiguré ses paysages naturels et décoloré son identité.


Sylvaine Reyre : Je n’ai aucune compétence en matière d’agriculture, je ne suis pas scientifique non plus, je ne suis pas fille ni petite-fille de paysans, je n’ai pas de potager ni même de balcon. Je me contente d’arroser mes plantes vertes et de leur dire un mot gentil une fois par semaine. J’en entends déjà certains murmurer, mais de quoi vient-elle se mêler ici ?

Eh bien messieurs-dames, je voudrais vous parler de la pétition que Le Jardin Vivant a lancée pour la création d’une Autorité indépendante d’évaluation des pesticides.

De quoi je me mêle ?

Je m’adresse à vous en tant que femme pourvue d’un cerveau et d’une capacité de raisonnement dans la moyenne. À titre de simple citoyenne de ce pays, d’habitante de cette planète, de mère qui espère bien devenir grand-mère. Je vous l’accorde, je suis loin d’être une spécialiste, mais…

Avez-vous remarqué que notre société ne cesse de se spécialiser, c’est-à-dire au sens du dictionnaire, qu’elle restreint, limite l’exercice de la démocratie ? Nous autres citoyens laissons de gré ou de force des techniciens toujours plus pointus prendre les décisions à notre place.

Des limites de notre démocratie

Nous élisons des politiciens professionnels qui nous font des promesses qu’ils s’empressent de ne pas tenir. Leur seul souci est de conserver les avantages et privilèges de leur mandat et lorsque le peuple les désavoue, ils engagent un spécialiste de la communication pour revenir aux élections suivantes ! Et nous, on oublie, on les reprend et on recommence. D’ailleurs, cela fait un moment qu’ils ne décident plus de grand-chose, des technocrates spécialisés administrent très bien à leur place.

Au dessus d’eux, de plus en plus puissants, les multinationales, les financiers et leurs investisseurs qui font et défont les gouvernements des pays pauvres dont ils pillent les ressources mais aussi ici, plus hypocritement, en nous poussant à produire et à consommer toujours plus, toujours plus vite, pour leur plus grand profit. Et pour servir leurs intérêts à court terme, ils ne reculent devant rien, on le sait mais on est déjà tellement manipulés, désinformés, conditionnés, découragés !

Des spécialistes spécialisés !

Dans tous les domaines, des « spécialistes spécialisés » nous expliquent que nous ne sommes pas raisonnables, que nos souhaits ne sont pas réalistes et nous, finalement, on se soumet. Des médecins payés par Total nous soutiennent que respirer un air pollué n’est pas si mauvais pour nos poumons, les lobbys de l’agroalimentaire nous rassurent sur l’innocuité des pesticides comme il y a quelques années, ceux de l’industrie du tabac nous démontraient que fumer n’avait jamais dégradé la santé de personne. Et nous, qui sommes-nous pour les contredire ?

Un peu de bon sens

Pourtant, un peu de bon sens devrait suffire à nous alerter : faire manger des farines animales à une vache, ce n’est pas très naturel ; entasser de pauvres poules déplumées les unes sur les autres ne doit pas les aider à pondre des œufs sains… Outre la cruauté dont on fait preuve pour gagner davantage, lorsqu’on fait macérer dans leur crasse des centaines de vaches laitières, les pattes abîmées sur un plancher métallique, a-t-on vraiment besoin de tests scientifiques pour savoir que le lait ainsi récolté n’a pas les mêmes qualités nutritionnelles que celui de leurs cousines privilégiées qui vont brouter dans les champs ? On le sait bien au fond, mais on reste à notre place !

Faisons-nous confiance !

Et pour les pesticides ? C’est pareil ma brave dame ! Les multinationales doivent s’enrichir, leurs experts utilisent les techniques de propagande, ils mentent sans vergogne, diffament, intimident, insinuent, paient qui il faut.

Le pire ? Les fabricants de pesticides sont juge et partie : où a-t-on vu ailleurs que les empoisonneurs soient habilités à mesurer eux-mêmes la toxicité de leurs propres produits ? De qui se moque-t-on ? De nous mes amis !

Alors, une Autorité indépendante d’évaluation des pesticides ne changera pas le monde d’un coup de baguette magique, non.

Mais si nous pouvions au moins obtenir que les citoyens soient informés sérieusement, qu’une pédagogie responsable soit diffusée dans les lycées agricoles, si on pouvait enfin respecter un tant soit peu notre intelligence, ce serait déjà beaucoup !

L’espérance de vie recule

Pour la première fois dans nos pays développés, l’espérance de vie recule. Des maladies se multiplient, notamment chez les plus jeunes : stérilité, puberté précoce, autisme, cancers… Les scientifiques savent que les pesticides qui s’accumulent dans la terre comme dans nos organismes en sont en grande partie responsables.

Si nous voulons donner une chance à nos enfants et petits-enfants de grandir en bonne santé sur une planète respirable, c’est maintenant qu’il faut apporter notre contribution, même insignifiante, même infime.

Nous n’avons pas d’autre solution, pas de monde de rechange à léguer aux générations futures.

 

 

15 réflexions sur “PESTICIDES, de la parole d’une femme au cri d’une mère

  1. Il y a beaucoup de combats à mener pour rendre ce monde à nouveau vivable, contre le nucléaire,le commerce des armes, et le mépris des populations.

    Mais le combat contre les pesticides est des plus importants, contre les pesticides et tous les produits de l’INDUSTRIE CHIMIQUE qui s’engraisse en nous empoisonnant, en premier lieu tous ceux qui continuent d’acheter ses innombrables produits, en second lieu, les générations futures qui auront à traiter ses innombrables déchets à génération longue.

    C’est une poignée de multinationales qui dissémine des cocktails de molécules de synthèse (dont nul ne maîtrise les effets possiblement délétères) partout dans la terre, les eaux, l’air et nous empoisonne pour des temps imprévisibles. On retrouve encore des traces de DDT dans des analyses de plantes alors que celui-ci est interdit depuis des dizaines d’années (quelqu’un ou une va bien me donner la date exacte, non?)
    Il est temps d’en finir avec ces “buveux d’sang” et leur dictature économique. Le BOYCOTT, qu’en pensez-vous donc ? En attendant, je signe des deux mains. Michèle

  2. Merci Sylvaine pour ton point de vue qui enrichit cette pétition.

    L’agriculture serait une affaire d’hommes !
    Je ne suis ni féministe ni misandre et vous les hommes, vous n’êtes pas misogynes.

    Je souhaite juste plus d’équité et d’égalité entre les êtres humains, face à l’omniprésence des hommes (Blancs) dans l’agriculture et les postes de pouvoir.

    Oui, ils monopolisent la parole et il suffit de regarder internet, la télé, les représentants officiels, les conférenciers…

    Pour rappel, les femmes de tous pays ont toujours cultivé pour nourrir leurs enfants et leurs petits-enfants.
    De nombreux exemples montrent que ces agricultrices ont toujours pensé à la pérennité de la terre qui les nourrit.

    Pour finir, je suis surprise que beaucoup d’associations qui militent pour environnement et la santé fassent barrage à cette pétition.

    Moi je signe toutes les pétitions avec l’espoir qu’au moins une fasse bouger les choses.

    Soyons solidaires !

    1. Merci Laurence.
      Moi, je suis féministe, le simple fait de demander l’égalité, de se sentir légitime à prendre la parole, c’est du féminisme ! Et par les temps qui courent, nous ferions bien d’être vigilantes sur nos droits ! Mais bon, c’est souvent le terme qui fait peur, pas le fond, une question de vocabulaire…

      Pour en revenir à nos moutons, je ne comprends absolument pas non plus l’attitude condescendante de certaines “grandes” associations. Un peu comme celle de certains hommes “spécialistes” envers les femmes ! Retournez à vos cuisines et laissez-nous faire nos petites affaires entre nous ! Cette pétition, comme les femmes qui revendiquent leur place dans la société, semble déranger des gens bien installés !!!

      P.S : j’aime les hommes aussi, beaucoup !!!

  3. Magnifique témoignage qui vient du fond du coeur et plein de ce bon sens qui semble avoir déserter le cerveau de nos élites et de nos dirigeants politiques dont on ne doute pas une seconde que la progéniture soit nourrie soigneusement avec des produits sans pesticides.

    Un petit soubresaut semble avoir parcouru l’opinion public lors de la diffusion à une heure de grande écoute sur une chaine du service publique de l’excellent numéro de Cash Investigation. Ce brillant travail journalistique démontrait avec brio l’obscurantisme qui règne autour des pesticides, système quasi-mafieux orchestré par des multinationales et lobbies sous couvert politique.

    Malheureusement cet électrochoc semble retomber comme un soufflé sortit trop vite du four.

    Il faut que les citoyens puissent enfin s’exprimer sur ce sujet primordial et qu’un organisme totalement indépendant voit le jour. C’est ce que propose la pétition lancée par le jardin vivant qui peine à décoller.
    Merci de la faire circuler au plus grand nombre.

    1. Oui Christophe, il faut faire circuler.

      Il est vrai que beaucoup de pétitions contre les pesticides circulent, émanant souvent de grosses structures qui défendent leur pré carré… Et nous sommes bien petits, mais justes et déterminés.

      Espérons que les citoyens comprennent que seule une Autorité indépendante d’évaluation des pesticides pourra entamer le travail de fond nécessaire.Merci de votre retour.

  4. Madame,
    Le propre d’un écrivain de talent est de faire passer, en quelques mots, un message que d’autres peinent à exprimer.

    Ce que vous avez écrit résume parfaitement la situation et ce qui pourrait se pérenniser si nous ne réagissons pas, ne nous révoltons pas, ne nous indignons pas.

    Il existe de nombreuses façons d’agir pour faire vaciller et basculer ce qui nous est présenté comme inamovible et qui ne repose que sur les bases fragiles de la propagande, de l’intimidation et de la pseudo-démocratie.

    Aujourd’hui, une vague de fond est en train de naître, qui nettoiera notre monde de l’absurdité dans laquelle il est plongé depuis plusieurs décennies : L’action juridique. Le jour où les citoyens citeront à comparaître devant un juge ceux qui, industriels comme élus, attentent à leur santé ou ne la protègent pas, ce jour-là sera le début d’une nouvelle ère.

    Il ne tient qu’à nous…

    1. Jean-Louis,

      Il ne tient qu’à nous…
      Oui, mais ils ne pensent qu’à eux…

      Un exemple parmi d’autres. Réponse de la Ligue contre le Cancer : “étant nous même engagés dans ce combat nous ne pouvons relayer votre pétition sur notre page… car cela pourrait perturber et perdre notre public.”

      La messe est dite.

      Cette pétition pour réclamer le droit à une information indépendante est une initiative citoyenne censurée par TOUTES les associations parce qu’elles considèrent la lutte contre les pesticides comme leur pré carré.

      Elles refusent et rejettent toute collaboration ou association car elles préservent avant tout leur clientèle et leurs subventions.

      Avant de lancer cette pétition, nous les avons toutes démarchées pour créer un collectif, mais comme toutes se prennent pour des Autorités, en désespoir de cause, nous avons décidé d’user de ma petite notoriété… pour la lancer.

      Les pesticides ont de beaux jours devant eux… car pendant que ces pseudo écologistes œuvrent à leur propre gloire, leurs adversaires sont à la manœuvre comme l’illustre cette campagne d’information sur l’Écologie et les sols vivants.

    2. Vous avez sans doute raison Jean-Louis, il faudra rapidement passer à une action plus concrète.
      Moi, je ne sais faire qu’avec les mots, mais si chacun donne ce qu’il peut…

      Merci de votre analyse.

  5. Bravo,

    enfin des mots de femme pour mettre des mots sur des maux.

    Il y a quelques jours, j’ai assisté à une conférence sur le sujet, et sur la scène, pas une seule femme…

    Seulement 4 hommes qui n’ont pas eu un seul mot pour les enfants malades des pesticides mais pour eux, que des mots pour ces hommes qui épandent des pesticides à s’en rendre malade…

    À quand un mouvement de mères pour protéger nos enfants ?

    1. Je me trouvais également à cette conférence et j’ai été déçue du temps passé (beaucoup trop long) sur les agriculteurs malades des pesticides qu’ils répandent.

      La salle s’est épanchée de nombreuses heures sur ces pauvres gens qui ont perdu la vie à force de croire que l’on pouvait tout résoudre de manière chimique, sans se poser de questions, sans se remettre en question, avouant ne pas être en capacité de cultiver la terre autrement.

      J’attendais de cette soirée des débuts de solution, de m’enrichir auprès de personnes comme Christophe Gatineau, présent sur la scène, d’apprentissages d’une agriculture nourricière, vivante et respectueuse.

      Les générations précédentes ont si peu transmis leurs savoirs aux jeunes qu’ils se sont eux-mêmes constitués en association afin d’apprendre et de comprendre les gestes qui nous sauveront peut-être de notre perte.

      J’ai toujours vu mon père, chef d’entreprise, cultiver un grand jardin pour sa famille, sans jamais utiliser de pesticides, herbicides ou fongicides, mais seulement ses mains et celles de ses enfants. Je peux l’avouer, cela me coûtait de devoir ramasser l’herbe ou enlever les doryphores.

      Mais aujourd’hui, je suis capable de faire mon petit jardin tranquillement et de nourrir ma famille, tout du moins l’été.
      Je fais le marché auprès de producteurs locaux que je connais bien. Et j’ai toujours vu ma mère cuisinait les produits du jardin parental. C’est ce que je transmets à mes filles, le goût. Cela demande un peu d’efforts mais c’est tellement bon.

    2. Cécile,

      Comme vous me citez, veuillez croire que je partage pleinement et de tout cœur votre analyse puisque j’ai été le premier déçu.

      Même si le travail de Phyto-Victimes est remarquable, n’empêche que ces 2 soirées étaient à leur gloire, et nous pas plus que des faire-valoir comme vous l’avez remarquée. Par ailleurs, ce genre d’événement peut laisser croire au public qu’il n’y a qu’une seule catégorie de victimes des pesticides : les agriculteurs. Les enfants ont été les grands oubliés.

      Et enfin, malgré de nombreuses relances depuis la mi-février, l’association Phyto-Victimes n’a jamais apporté son soutien pour la création d’une Autorité indépendante d’évaluation des pesticides. Vu leur combat, c’est seulement incompréhensible.

  6. Bravo pour votre appel ! “Ne doutez jamais qu’un petit groupe de gens conscients et engagés puisse changer le monde, car en fait c’est toujours comme cela que ça s’est passé…” Margaret Mead, Anthropologue

  7. Oui! Nul autre que nous pouvons protéger nos enfants et leur écrin de vie.
    Soyons parents et citoyens… Dignes et responsables.
    Bravo et merci pour cette expression très humaniste. Une expression qui donne envie de résister encore plus à la fatalité que cherchent à nous imposer ceux que l’on considère à tord des puissants… Et qui ne sont pour la plupart que des fripouilles.

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