Pour le droit à une information à l’abri des lobbys

LA PÉTITION pour la création d’une Autorité Indépendante d’Évaluation des Pesticides a été fermée le 5 aout 2016. Malgré près de 3000 signataires, 6 mois après le lancement de cette pétition, force est de constater l’échec.

Lire le projet

Objet : création d’une Autorité Indépendante d’Évaluation des Pesticides.

Une Autorité à l’abri des lobbys et qui aurait pour mission de donner des avis sur les problèmes écologiques et environnementaux soulevés par les progrès de l’agriculture, et leurs impacts sur la biodiversité et la santé publique.

abeilles-nepoux-Gp-3

 

Pourquoi ?

Parce que nous consommons 1 kg de pesticides par an et habitant pour produire notre alimentation, des pesticides qui sont partout, plus forts que les lois, reconnus comme potentiellement dangereux pour la santé publique et dont la toxicité est calculée sur un principe scientifique qui date du 16ième siècle…

Bref, l’objet est de mettre un frein à la désinformation parce que nous avons coutume de désigner les agriculteurs et les multinationales comme les seuls responsables de tous les problèmes liés aux pesticides.

Mais c’est une grossière erreur car en dehors d’une responsabilité morale ou éthique, les multinationales comme les agriculteurs respectent les lois françaises. Et les lois étant l’ensemble des règles pour le vivre ensemble, que peut-on reprocher à celle ou celui qui les respecte ?

À l’opposé, les règles n’ont pas changé ou si peu depuis la Seconde Guerre mondiale… Et c’est là que réside le problème. Il y a encore 40 ans, les terres agricoles étaient toutes fertiles et elles se sont dé-fertilisées au fur et à mesure de la montée en puissance des pesticides !

Mais un acteur de premier plan est toujours passé sous silence, c’est l’enseignement agricole et ses professeurs qui au nom du Progrès, ont formé les agriculteurs à ruiner leurs sols vivants et à dégrader la biodiversité. Leur responsabilité est considérable et toujours d’actualité.

En résumé, seules l’évolution des règles, la pédagogie et une information transparente pourront freiner les épandages massifs de pesticides avant de les faire décroître.


1 kg de pesticides par an et habitant !

Nous consommons en France 1 kg de pesticides dangereux par an et habitant pour produire notre alimentation : 65 millions de kg de matières actives classées dangereuses sont tous les ans épandus dans la campagne française. Avec de telles doses, les citoyens sont en droit de savoir et de réclamer une information indépendante qui dépasse les querelles des pro et anti pesticides.

En d’autres mots, aujourd’hui les pesticides ne doivent plus être un problème agro-agricole mais sont un problème de société car nous sommes tous concernés par leurs impacts sur notre vie quotidienne.

 

Des pesticides qui sont partout

Si la France a été le premier pays à créer un Comité National d’Éthique, elle pourrait être également la première à considérer les pesticides comme un problème global parce qu’ils sont partout : dans l’air, l’eau (nappes phréatiques, ruisseaux, rivières…), les sols, les aliments… jusque dans les tampons hygiéniques et même dans notre sang et notre urine !

Personne n’y échappe, l’ensemble de la société civile est touchée, victime suivant son exposition. Les agriculteurs en première ligne avec les riverains aux épandages, et tous les enfants, d’autant plus qu’ils sont jeunes ou nourrissons car on ignore tout des effets réels des pesticides sur leur développement (vu le faisceau d’indices concordants, le principe de précaution devrait être appliqué d’urgence pour les protéger).

 

Des pesticides plus forts que la loi…

Et le problème est d’autant plus inquiétant que les épandages massifs de pesticides continuent d’augmenter tous les ans au mépris de la loi qui veut les diminuer !

  • 2008 : l’État décide de réduire l’usage des pesticides de 50 % d’ici 2018
  • 2015 : l’État repousse la date de 2018 à 2025.
  • 2016 : loin d’une réduction, l’épandage massif de pesticides continue de progresser. Pour en savoir plus

abeilles-nepoux-Gp-4
L’État reconnaît les pesticides comme
potentiellement dangereux pour la santé publique.

Votée par les députés et les sénateurs, la Loi n° 2014-110 du 6 février 2014 promulguée par le Président de la République interdit les pesticides utilisés à des fins non agricoles : À partir du 1er janvier 2017, l’usage des produits phytosanitaires par l’État, les collectivités locales et établissements publics est interdit. Et à partir du 1er janvier 2019, la vente, la détention et l’épandage de pesticides par les particuliers sont interdits

Quand 10 % des pesticides sont utilisés en France à des fins non agricoles (jardins et espaces verts), c’est une bonne décision. Mais en la prenant, le législateur a reconnu implicitement le caractère potentiellement dangereux des pesticides pour la santé publique et la biodiversité.

L’avis de l’OMS

L’Organisation Mondiale pour la Santé considère que les pesticides font partie des 10 produits chimiques qui posent un problème majeur de santé publique puisqu’ils peuvent, suivant leur dangerosité, avoir des effets toxiques aigus et (ou) chroniques, en particulier chez les enfants, par leur persistance et leur accumulation dans les tissus organiques…

 

La Loi n° 2014-110 du 6 février 2014

L’application de cette loi à partir du 1er janvier prochain va poser un souci d’interprétation puisque tous les pesticides finissent par se retrouver dans l’espace public ! Et en premier lieu par dispersion lors des épandages ; un problème posé particulièrement aux arboriculteurs et aux viticulteurs quand ils vont traiter leurs rangs mitoyens à une route, une école ou un terrain de sport.

Dans le cas présent, une Autorité consultative nationale pour l’évaluation des pesticides aurait du sens en délivrant un avis indépendant de tous les lobbys et courants partisans.

 

Un principe scientifique du 16ème siècle
pour calculer la toxicité des pesticides !

« C’est la dose qui fait le poison »

Mais depuis l’époque de Paracelse, la Recherche a un peu progressé… En effet, même si toute substance est néfaste à partir d’une certaine dose, la toxicité provient également de toutes petites doses qui s’ajoutent, et d’atomes et de molécules qui s’agglomèrent pour devenir de redoutables poisons. C’est l’effet cocktail.

Les mélanges peuvent avoir des conséquences plus toxiques à de faibles doses que de simples effets additifs. Or aujourd’hui les normes toxicologiques ne s’appuient ni sur les mélanges ni sur l’effet cocktail ni sur les faibles doses ni sur la persistance mais uniquement sur la dose létale. De plus, ces normes sont dictées par les multinationales puisqu’elles sont également expertes scientifiques de leurs propres substances !

Question : est-il satisfaisant de savoir que la santé de nos enfants repose avant tout sur les intérêts commerciaux de puissances extérieures ?

Mettre un frein à la désinformation

On peut lire sur internet : « Les pesticides seraient responsables d’un nombre croissant de troubles et de maladies. Pourtant les agriculteurs qui sont les plus exposés à ces produits sont moins malades que le reste de la population… » L’information émane de l’un de ces géants du pesticide mais elle est mensongère !

L’association Phyto-Victimes regroupe justement les agriculteurs qui subissent de graves problèmes de santé à cause des pesticides. En 2015, la Justice a donné raison en appel à son Président Monsieur Paul François, en imputant à Monsanto la responsabilité de son intoxication et des graves séquelles qui ont suivi.

Par ailleurs, comment comprendre, quand l’Agence du Cancer de l’OMS (IARC) classe 3 pesticides cancérogènes « probables » pour l’homme dont le fameux glyphosate (Roundup), l’herbicide le plus utilisé dans le monde, que le rédacteur en chef d’une revue agricole jette la suspicion sur l’intégrité de cet organisme tout en stigmatisant les médias qui diffusent l’information ? Et de conclure son article par : « l’obscurantisme et la désinformation font recettes. »

Là encore, dans la lutte contre la désinformation, une Autorité pour l’évaluation des pesticides aurait valeur à délivrer un avis indépendant de tous les lobbys et courants partisans pour poser un débat paisible et construit.

Cash-investigation-pesticides-300x300

CASH investigation
Pesticides : nos enfants en danger

Quelle image de la démocratie renvoyons-nous aux jeunes générations quand le 2 février dernier, ils ont entendu au micro d’Élise LUCET, le représentant européen des lobbys des pesticides dire NON à une loi française ? Voir

La réaction de cette personne, qui ne représentait aucune autorité scientifique, médicale ou agronomique mais seulement des intérêts commerciaux, a motivé cette pétition.

 


 

Quelques commentaires publiés sur la plate-forme de la pétition.

Christophe BICHON – France

L’humanité est atteinte de cécité et va droit dans le mur. L’avenir de notre planète est intimement liée à l’usage de ces produit chimiques de tout types que des lobbys imposent de force à l’ensemble de la population, qui n’a d’autre choix que de subir. Il est tant que cela cesse et que la vérité sur la toxicité de ces produits biocides (qui tuent la vie) éclate au grand jour.

Sylvaine REYRE – France

Nous devons tous nous mobiliser avant d’avoir définitivement abandonné notre avenir, celui de l’humanité et de la planète, à la voracité de multinationales prêtes à nous empoisonner pour quelques profits supplémentaires.

Stéphane JANSEGERS – France

Non seulement je signe, mais je déclare que la science de l’écologie en agriculture nous oblige à inverser la vapeur de toute urgence ! Ces chiffres auparavant dans l’ombre, mettent en lumière la folie absolue, sachant qu’on fait des produits de plus en plus efficaces dont des doses infinitésimales peuvent être extrêmement toxiques, on devrait en toute logique voir leur utilisation chuter … Mais non, 65 000 tonnes par an !!? Il y a de quoi avoir des frissons en l’écrivant,… en tant que biologiste ça me donne même les larmes aux yeux. L’agriculture chimique est devenue une sorte d’ennemi public numéro un, de tels chiffres ne sont pas « inquiétants », ils sont foudroyants d’horreur, sur 20 ans cela fait 1 300 000 tonnes des pires molécules solubles et redoutables relâchés dans l’air et l’eau ! … On s’étonnera de la chute de biodiversité et de l’explosion des maladies après ça, … les humains ont-ils oubliés qu’ils sont constitués de 80% d’eau ??? … Il faut rappeler ici l’excellente étude journalistique de Marie-Monique Robin sur l’agroécologie, « les moissons du futur » document fondateur et d’une exceptionnelle pertinence … Il peut sauver beaucoup d’agriculteurs et de civiles du suicide ! On y trouve par exemple les conclusions de l’institut Rodale, qui compare depuis 30 ans des grandes cultures, sur de grandes échelles, en comparant les approches organiques et chimiques, les conclusions sont à peine croyables : pour de mêmes rendements (soja, maïs, blé) à peu de choses près, l’agriculteur en conventionnel gagne deux fois moins tout en réduisant petit à petit ses chances par l’intoxication de sa terre, de plus les années de sécheresse, les rendements sont systématiquement plus importants sur sol vivant … En bref, la technicité mise à part, il n’y a QUE des avantages aux approches organiques … Le livre est une compilation de bonnes nouvelles émanent de la terre toute entière … Je conseille à tout le monde la lecture de cet ouvrage merveilleux, … Merci aussi à Elise Lucet et son équipe pour la divulgation citoyenne de ces chiffres étourdissants ! Rappelons aussi que les conclusions du rapport du rapporteur aux droits à l’alimentation de l’ONU de 2010 (Olivier De Schutter) est sans équivoque : L’agroécologie ne présente que des avantages en terme de production qualitative et quantitative de l’alimentation mondiale, l’adopter est une question principale, de sécurité nationale, de santé publique, de retour à l’emploi, d’environnement et de réponse à la crise écologique majeure… Une liste loin d’être complète.

Pour cela, il faut sensibiliser l’opinion publique, former à l’agroécologie et dénoncer le cartel de l’agrobusiness, seul gagnant d’une sombre équation digne du moyen-age !

Une réflexion sur “Pour le droit à une information à l’abri des lobbys

  1. Merci Christophe pour ces explications claires et imparables. Ta volonté pédagogique aidera je l’espère quelques citoyens à mieux comprendre les tenants et les aboutissants de cette question complexe. La désinformation relayée par beaucoup de médias est en effet notre pire ennemie !

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.