Pour le droit à une information à l’abri des lobbys

LA PÉTITION pour la création d’une Autorité Indépendante d’Évaluation des Pesticides a été fermée le 5 août 2016. Malgré les 3000 signataires, 6 mois après son lancement, force est de constater l’échec de cette initiative condamnée dans l’œuf par les poids lourds de l’écologie !

Actualisé le 17 oct 17, cet article fait suite à celui-ci.

Quel était l’objet du projet ?

Demander la création d’une Autorité Indépendante d’Évaluation des Pesticides, une Autorité à l’abri des lobbys et qui aurait eu pour mission de donner des avis sur les problèmes écologiques et environnementaux soulevés par les progrès de l’agriculture. À titre d’exemple, l’impact sur la biodiversité et la santé publique aurait relevé de l’expertise de cette Autorité.

POURQUOI ?

1 kg de pesticides par an et habitant !

En France, nous consommons 1 kg de pesticides par an et habitant pour produire notre alimentation, soit 65 millions de kg de matières actives classées dangereuses sont tous les ans épandus dans la campagne française. Avec de telles doses, les citoyens sont en droit de savoir et de réclamer une information indépendante qui dépasse les querelles des pros et des anti pesticides.

En d’autres mots, les pesticides ne sont plus un problème agro-agricole mais un problème de société puisque nous sommes tous impactés par leurs conséquences dans notre quotidien. De plus, leur toxicité étant toujours calculée sur un principe « scientifique » datant du 16eme siècle, c’est la dose qui fait le poison ; un principe autant dépassé qu’obsolète puisqu’il exclut la toxicité par perturbation du système endocrinien, les doses non linaires et les effets cocktail.

La loi, seule responsable

Bref, le but de cette Autorité aurait été de mettre un frein à la désinformation et aux raccourcis simplistes qui consistent à pointer les agriculteurs et les multinationales comme les seuls responsables. NON.

Non, le seul responsable, c’est la loi qui autorise. Des lois respectées par le monde agricole jusqu’à preuve du contraire. Et les lois étant l’ensemble des règles pour le vivre ensemble, que peut-on reprocher à ceux qui les respectent ? En revanche, les règles n’ont pas ou si peu changé depuis la Seconde Guerre mondiale…

En résumé, seules, la pédagogie et une information transparente pourront freiner les épandages massifs de pesticides, et la connaissance faire  évoluer les règles.

Des pesticides qui sont partout

Si la France a été le premier pays à créer un Comité National d’Éthique, elle aurait pu être également la première à considérer les pesticides comme un problème sociétal parce qu’ils sont partout : dans l’air, l’eau (nappes phréatiques, ruisseaux, rivières…), les sols, les aliments… jusque dans les tampons hygiéniques et même dans notre sang et nos urines !

Personne n’y échappe, l’ensemble de la société civile est touchée. Les agriculteurs et les riverains aux épandages sont en première ligne avec tous les enfants. Des enfants d’autant plus vulnérables qu’ils sont jeunes, très jeunes ou nourrissons, puisqu’on ignore complètement tout des effets réels des pesticides sur leur développement. Et vu le faisceau d’indices concordants, le principe de précaution devrait être appliqué d’urgence pour les protéger !

Des pesticides plus forts que la loi…

Et le problème est d’autant plus inquiétant que les épandages massifs de pesticides continuent d’augmenter tous les ans au mépris de la loi qui veut les diminuer !

  • 2008 : l’État décide de réduire l’usage des pesticides de 50 % d’ici 2018
  • 2015 : l’État repousse la date de 2018 à 2025.
  • 2016 : loin d’une réduction, l’épandage massif de pesticides continue de progresser. Pour en savoir plus

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L’État reconnaît les pesticides comme
potentiellement dangereux pour la santé publique.

Votée par les députés et les sénateurs, la loi n° 2014-110 du 6 février 2014 interdit l’usage des pesticides utilisés à des fins non agricoles à l’État, les collectivités locales et les établissements publics depuis le 01/01/17. Et à partir du 01/01/19, la vente, la détention et l’épandage de pesticides par les particuliers seront interdits

Quand 10 % des pesticides sont utilisés en France à des fins non agricoles (jardins et espaces verts), c’est une bonne décision. Mais en la prenant, le législateur a reconnu implicitement le caractère potentiellement dangereux des pesticides pour la santé publique et la biodiversité.

L’avis de l’OMS

L’Organisation Mondiale pour la Santé considère que les pesticides font partie des 10 produits chimiques qui posent un problème majeur de santé publique puisqu’ils peuvent, suivant leur dangerosité, avoir des effets toxiques aigus et (ou) chroniques, en particulier chez les enfants, par leur persistance et leur accumulation dans les tissus organiques… No comment ! 🙁

En cours de réécriture

La Loi n° 2014-110 du 6 février 2014

L’application de cette loi à partir du 1er janvier prochain va poser un souci d’interprétation puisque tous les pesticides finissent par se retrouver dans l’espace public ! Et en premier lieu par dispersion lors des épandages ; un problème posé particulièrement aux arboriculteurs et aux viticulteurs quand ils vont traiter leurs rangs mitoyens à une route, une école ou un terrain de sport.

Dans le cas présent, une Autorité consultative nationale pour l’évaluation des pesticides aurait du sens en délivrant un avis indépendant de tous les lobbys et courants partisans.


Un principe scientifique du 16eme siècle
pour calculer la toxicité des pesticides !

« C’est la dose qui fait le poison »

Depuis l’époque de Paracelse, la Recherche a un peu progressé… En effet, même si toute substance est néfaste à partir d’une certaine dose, la toxicité provient également de toutes petites doses qui s’ajoutent, et d’atomes et de molécules qui s’agglomèrent pour devenir de redoutables poisons. C’est l’effet cocktail.

Les mélanges peuvent avoir des conséquences plus toxiques à de faibles doses que de simples effets additifs. Or aujourd’hui les normes toxicologiques ne s’appuient ni sur les mélanges ni sur l’effet cocktail ni sur les faibles doses ni sur la persistance mais uniquement sur la dose létale. De plus, ces normes sont dictées par les multinationales puisqu’elles sont également expertes scientifiques de leurs propres substances !

Question : est-il satisfaisant de savoir que la santé de nos enfants repose avant tout sur les intérêts commerciaux de puissances extérieures ?

Mettre un frein à la désinformation

On peut lire sur internet : « Les pesticides seraient responsables d’un nombre croissant de troubles et de maladies. Pourtant les agriculteurs qui sont les plus exposés à ces produits sont moins malades que le reste de la population… » L’information émane de l’un de ces géants du pesticide mais elle est mensongère !

L’association Phyto-Victimes regroupe justement les agriculteurs qui subissent de graves problèmes de santé à cause des pesticides. En 2015, la Justice a donné raison en appel à son Président Monsieur Paul François, en imputant à Monsanto la responsabilité de son intoxication et des graves séquelles qui ont suivi.

Par ailleurs, comment comprendre, quand l’Agence du Cancer de l’OMS (IARC) classe 3 pesticides cancérogènes « probables » pour l’homme dont le fameux glyphosate (Roundup), l’herbicide le plus utilisé dans le monde, que le rédacteur en chef d’une revue agricole jette la suspicion sur l’intégrité de cet organisme tout en stigmatisant les médias qui diffusent l’information ? Et de conclure son article par : « l’obscurantisme et la désinformation font recettes. »

Là encore, dans la lutte contre la désinformation, une Autorité pour l’évaluation des pesticides aurait valeur à délivrer un avis indépendant de tous les lobbys et courants partisans pour poser un débat paisible et construit.

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Pesticides : nos enfants en danger

Quelle image de la démocratie renvoyons-nous aux jeunes générations quand le 2 février 2016, ils ont entendu au micro d’Élise LUCET, le représentant européen des lobbys des pesticides dire NON à une loi française ? Voir

La réaction de cette personne, qui ne représentait aucune autorité scientifique, médicale ou agronomique, mais seulement des intérêts personnels et commerciaux a motivé cette pétition.

 


 

Quelques commentaires publiés sur la plate-forme de la pétition.

Christophe BICHON – France

L’humanité est atteinte de cécité et va droit dans le mur. L’avenir de notre planète est intimement liée à l’usage de ces produit chimiques de tout types que des lobbys imposent de force à l’ensemble de la population, qui n’a d’autre choix que de subir. Il est tant que cela cesse et que la vérité sur la toxicité de ces produits biocides (qui tuent la vie) éclate au grand jour.

Sylvaine REYRE – France

Nous devons tous nous mobiliser avant d’avoir définitivement abandonné notre avenir, celui de l’humanité et de la planète, à la voracité de multinationales prêtes à nous empoisonner pour quelques profits supplémentaires.

Stéphane JANSEGERS – France

Non seulement je signe, mais je déclare que la science de l’écologie en agriculture nous oblige à inverser la vapeur de toute urgence ! Ces chiffres auparavant dans l’ombre, mettent en lumière la folie absolue, sachant qu’on fait des produits de plus en plus efficaces dont des doses infinitésimales peuvent être extrêmement toxiques, on devrait en toute logique voir leur utilisation chuter … Mais non, 65 000 tonnes par an !!? Il y a de quoi avoir des frissons en l’écrivant,… en tant que biologiste ça me donne même les larmes aux yeux. L’agriculture chimique est devenue une sorte d’ennemi public numéro un, de tels chiffres ne sont pas « inquiétants », ils sont foudroyants d’horreur, sur 20 ans cela fait 1 300 000 tonnes des pires molécules solubles et redoutables relâchés dans l’air et l’eau ! … On s’étonnera de la chute de biodiversité et de l’explosion des maladies après ça, … les humains ont-ils oubliés qu’ils sont constitués de 80% d’eau ??? … Il faut rappeler ici l’excellente étude journalistique de Marie-Monique Robin sur l’agroécologie, « les moissons du futur » document fondateur et d’une exceptionnelle pertinence … Il peut sauver beaucoup d’agriculteurs et de civiles du suicide ! On y trouve par exemple les conclusions de l’institut Rodale, qui compare depuis 30 ans des grandes cultures, sur de grandes échelles, en comparant les approches organiques et chimiques, les conclusions sont à peine croyables : pour de mêmes rendements (soja, maïs, blé) à peu de choses près, l’agriculteur en conventionnel gagne deux fois moins tout en réduisant petit à petit ses chances par l’intoxication de sa terre, de plus les années de sécheresse, les rendements sont systématiquement plus importants sur sol vivant … En bref, la technicité mise à part, il n’y a QUE des avantages aux approches organiques … Le livre est une compilation de bonnes nouvelles émanent de la terre toute entière … Je conseille à tout le monde la lecture de cet ouvrage merveilleux, … Merci aussi à Elise Lucet et son équipe pour la divulgation citoyenne de ces chiffres étourdissants ! Rappelons aussi que les conclusions du rapport du rapporteur aux droits à l’alimentation de l’ONU de 2010 (Olivier De Schutter) est sans équivoque : L’agroécologie ne présente que des avantages en terme de production qualitative et quantitative de l’alimentation mondiale, l’adopter est une question principale, de sécurité nationale, de santé publique, de retour à l’emploi, d’environnement et de réponse à la crise écologique majeure… Une liste loin d’être complète.

Pour cela, il faut sensibiliser l’opinion publique, former à l’agroécologie et dénoncer le cartel de l’agrobusiness, seul gagnant d’une sombre équation digne du moyen-age !

PUBLIÉ le 1er oct. 17
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Une réflexion sur “Pour le droit à une information à l’abri des lobbys

  1. Merci Christophe pour ces explications claires et imparables. Ta volonté pédagogique aidera je l’espère quelques citoyens à mieux comprendre les tenants et les aboutissants de cette question complexe. La désinformation relayée par beaucoup de médias est en effet notre pire ennemie !

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