Comprendre la disparition des abeilles ?

L’abeille est une vache à lait pour l’homme… déclare Bernard Bertrand sur les ondes de France Culture dans Terre à terre de Ruth Stégassy ce dimanche 20 février 2016. D’accord Bernard, mais une vache ailée qui pisse le lait des fleurs par sa trompe !

Et pourquoi les plantes à fleurs pisseraient-elles du lait sucré ?

Pour les beaux yeux de ces demoiselles…

Non, car ce sont bien les plantes qui utilisent les abeilles en les appâtant avec leur lait appelé nectar ! Et chaque espèce a sa stratégie pour les attirer…

Bernard Bertrand
Bernard Bertrand

Les pesticides, un faux problème bien réel

Sur la planète, 3 espèces sociales savent produire leur nourriture quand les autres la mangent cru !

2 pratiquent l’agriculture et l’élevage à l’exemple des fourmis qui élèvent des pucerons pour leur lait sucré comme nous élevons des vaches, quand d’autres formicidés maîtrisent la culture complexe de certains champignons. Quant aux abeilles, elles savent transformer un liquide sucré en miel. Par contre, manque de bol pour ces dernières, nous adorons leur cuisine !

Second problème, leur matière première se situe principalement dans des champs de plantes fortement pesticidés où la diversité est contrainte par les monocultures. Finis les menus variés, les abeilles broutent des champs monochromatiques parce qu’à cause de l’ensilage et des enrubannés, même les foins se font avant la floraison contrairement à avant…

Bref, une nourriture pauvre et polluée faite parfois d’OGM et de sucre de betteraves.

Sale temps pour les abeilles

L’abeille est une vache à lait pour l’homme quand l’apiculture renvoie l’image d’une activité saine et écologique, ses méthodes d’élevage sont artificielles ; l’apiculture étant la première activité agricole à avoir été industrialisée dès le milieu du 19ième siècle par Monsieur Dadant, un industriel américain ! rappelle à l’antenne Bernard Bertrand.

Il y a des paroles qui glacent le sang comme ces mots sortis de la bouche d’un ancien ministre de l’Éducation nationale devenu aujourd’hui Président du parti des Républicains quand il déclare quelques jours avant Bernard que l’innovation doit primer sur le principe de précaution.

Quelle insouciance quand nous savons que le réchauffement climatique comme la crise agricole et tout le tintouin sont dus justement à une absence de précaution. À moins que l’objet soit de remettre les clés de la démocratie aux multinationales. C’est le sens de TAFTA : leur légiférer un pouvoir que jamais une reine, un roi, un empereur ou un pape n’a eu depuis la naissance de l’humanité.

Des innovations sans précaution

Et justement, la disparition des abeilles est la conséquence d’innovations prises sans aucune précaution.

Mais au micro de Ruth Stégassy, c’est un autre son de cloche. Bernard exprime une pensée née d’un travail de recherches personnelles dont la finalité est de transmettre pour partager. En d’autres mots, il fait acte de pédagogie pour donner à comprendre que l’affaissement dramatique des populations d’abeilles est d’abord multifactoriel et les pesticides qu’une conséquence.

La cause première est la méconnaissance de l’organisme, une ignorance enracinée dans l’ère du scientisme où les abeilles étaient considérées comme une mécanique sans cervelle.

abeilles-jardin-nepoux

Et un siècle plus tard, nous avons appliqué la même recette à toute l’agriculture en la coupant de ses racines comme le rappelle Bernard.

Et plus l’agriculture est devenue hors sol, et plus la molécule de synthèse a été utilisée pour compenser. De là sont nées les subventions pour compenser cette agriculture orpheline et paradoxalement non viable sur le plan économique.

Des pesticides comme antibios !

Depuis ce jour fatidique, la naissance d’une agriculture subventionnée, la consommation de pesticides n’a cessé d’augmenter, suivie par celle du gazole et des primes agricoles… Et en définitive, les pesticides ont fini par être intégrés dans les techniques culturales comme les antibiotiques l’ont été dans les techniques d’élevage concentrationnaire de poulets, de cochons ou d’abeilles…

Nous sommes loin du discours écolo-nombriliste qui finit par discréditer l’Écologie et dont la permaculture sait s’enivrer en bataille de chiffres d’affaires et de rendements extraordinaires : 1/2 million d’euros de recette par an et ha d’après une récente étude de l’INRA, ce même INRA qui prônait des rendements extraordinaires avec les pesticides, les engrais chimiques et les hormones de synthèse… L’INRA, figure de proue de l’innovation…

 

Ruche dans un mur. B. Bertrand
Ruche dans un mur. B. Bertrand

Bref, quand certains m’objecteront mon manque de recul et un texte enflammé car la grand-mère de Bernard et mon arrière grand-mère étaient sœurs, et alors, qui n’aurait pas été touché d’entendre son cousin causer dans le poste avec autant de justesse ?


10 réflexions sur “Comprendre la disparition des abeilles ?

  1. amateur, dans un environnement privilégié de moyenne montagne sans agriculture sans pesticide ( presque sauvage !!),j’ai voulu installer 2 ruches. essaims acheté à un professionnel de matériel dans des ruches dadant. J’étais presque content que ça se passe pas mal. Et puis j’ai lu, lu, relu sur internet pour m’apercevoir que je faisais l’inverse de ce que je cherchais : avoir des abeilles et accessoirement du miel. Donc surtout pas du dadant et de l’abeille noire du coin il me faut trouver (ardeche). Ruche tronc, warré si je veux du miel ( un peu) et TBH c’est cela que je dois faire. des cires gaufrées, j’en ai acheté : des qui sentent la cire ( la ou j’ai acheté les essaims) et des qui sentent bizarres ( chez bidulwicz). encore quelle erreur …
    bon je savais pas assez ou par facilité ….
    je promet : récupération des très gros tronc de frêne presque secs (donc 1 déjà creux ).
    plus de dérangements, essaimage naturel, reste a trouver une souche endémique à la moyenne montagne ardéchoise …
    que faire de mes dadants avec mes abeilles hybrides ?
    beaucoup de questions mais que c’est passionnant !!
    merci pour vos éclairages si pertinents.

  2. Bonjour,

    Le titre de l’article m’a interpellé ! En effet, j’ai un gros doute concernant le lien habituellement fait entre pesticide et les cas de CCD et de mortalité hivernale.
    En l’absence d’étude factuelle autre que les déclarations spontanées sans étude des pratiques apicoles en amont du cas, je me suis “amusé” à cartographier l’emplacement des apiculteurs pros.
    La logique sous-jacente étant : un apiculteur dans le Gard a une forte probabilité de mettre ses ruchers dans le même espace que son voisin. Si il est transhumant, il est probable que, contingenté par le réseau routier et les floraisons, son emplacement de transhumance soit le même que celui de son voisin apiculteur transhumant, vallée du Rhône ou de la Saône pour l’acacia, Ardèche ou Isère pour le châtaignier, Vaucluse, Drôme pour la lavande.
    Le résultat de la cartographie fait apparaître une concentration des apiculteurs pros dans le long ou à proximité des grands axes de communication (réseau RN et autoroutes + grandes agglomérations).
    Bilan, il est probable que la concentration, en certaines zones du territoire, des ruches et ruchers induit une trop grande charge en abeilles au km², une plus grande exposition des colonies aux risques parasitaires et viraux ainsi qu’une exposition accrue aux pesticides (les cultures privilégiant les mêmes zones géographiques => plaine alluviale = cultures et axes de communication).
    De là à y voir la cause des problèmes apicoles des dernières décennies il n’y a qu’un pas 😉

    En ce qui concerne la ruche Dadant, je suis mitigé. Dans le cadre d’un système productif (cad gagner sa vie) la Dadant est adaptée au même titre que la Voirnot, la Langstroth, la WBC ou la Layens. La Warré est à part en ce sens ou les rayons sont totalement construits par les abeilles. Néanmoins il est possible de faire la même chose avec des Dadants ou autres.

    La question première est quelle est la finalité de l’apiculteur ? Produire pour gagner sa vie ?; avoir quelques ruches pour le plaisir au fond du jardin ?; Avoir quelques ruches dans un but de pollinisation maraîchère ?

    Quid du suivi sanitaire dans une Warré, comme détecter la loque américaine ou européenne, la fausse-teigne, gérer l’infestation Varroa avec une ruche qui se prête mal aux visites approfondies ?
    Comment se prémunir de l’arrivée plus que probable du petit coléoptère de la ruche ?

    Des questions qui ne se poseraient pas en ces termes si l’homme n’avait pas introduit des maladies et parasites allochtones. Néanmoins c’est un état de fait dont la majorité des apiculteurs ne sont pas responsables mais qui demandent une gestion permettant de limiter les dégâts.

    En bref, il me semblerait judicieux d’éviter une trop grande concentration des apiculteurs en certains points du territoire et d’avoir un vrai suivi sanitaire des colonies (je sais c’est lourd et ce n’est pas du fait de l’apiculteur, il subit les co…. passées).

    1. Merci Randal pour votre remarque pertinente.

      Mais au final, peu franchiront le pas pour installer une permaruche dans le fond de leur jardin…

    2. Oui c’est vrai. Et l’installation de ruches de n’importe quel type, a quand même l’avantage indéniable de sensibiliser les gens à la cause des insectes plus généralement.

      Et une remarque par rapport à l’exposé de Bernard Bertrand. Il “insiste” sur le fait que les apiculteurs piquent tout le miel. C’est vrai pour certains (même si récolter “tout” le miel est impossible), mais de nombreux apiculteurs (pros ou pas) ne nourrissent pas ou peu leurs ruches. Comme en agriculture classique il y a de tout.

  3. Bonjour,

    j’ai été ravie d’écouter cette émission, car depuis quelques années je prêchais un peu dans le désert !

    Il y a 6 ans , un essaim m’ait tombé du ciel et j’ai vraiment éprouvé de la joie.

    J’ai donc acheté la ruche dadant bien sûr et j’ai suivi pendant un an les cours dans le rucher école de mon département et oh surprise…désastreuse. je ne m’attendais pas à y trouver des pratiques pas très écolos !

    j’ai beaucoup questionné mais sans succès car étant novice en la matière, je n’y connaissais rien donc je n’avais pas foncièrement droit à la parole !

    Et j’ai par là même découvert que j’avais plus l’âme d’une “gardienne d’abeilles” que d’une apicultrice !

    Aujourd’hui, j’ai 4 ruches, mes abeilles se portent bien, à l’intérieur j’avais mis des cadres mais sans la cire gaufrée, je ne fais pas fait de récolte, peut-être une cette année mais cela sera de toute façon au printemps et sur une seule ruche.

    j’espère que ce pavé dans la mare fera rendre conscience que l’abeille est un être vivant et non un produit d’élevage. Merci à vous
    Geneviève

  4. Bonjour,
    Et merci pour vos articles.
    Dans l’enregistrement j’ai trouvé aussi, bien vu de sa part, d’avoir parlé de la “ruche robinet” qui a tout de même collecté plusieurs millions de dollars en financement participatif, utilisant des arguments en faveur des abeilles. Alors que ce sont des cadres en plastiques pour des ruches à cadres, un gadget en fait, qui ne changera rien au interventions faites sur les ruches, sans compter les nombreux problèmes supposés dus a ce mécanisme.

    je suis bien d’accord sur la remise en question des pratiques productivistes ou douteuses de « l’apiculture » comme on la voit le plus souvent. Comment les abeilles ont pu vivre si longtemps ainsi ? ! Cependant je ne peut que souligner le poids important de l’apiculture et le travail administratif des apiculteurs pro dans la lutte contre les pesticides. Même si ce n’est pas toujours altruiste..

    Je vous invite à lire « l’apiculture pour tous » de l’abbé Warré, je trouve qu’il a fait un très beau travail de réflexion. Pour le moment j’ai adopté cette ruche à barrettes fixe et avec petites fenêtres. Je n’ai pas encore de recul suffisant pour tout vous dire, mais pour le moment je ne suis pas déçu et je pense que je ne le serai pas.
    c’est une belle manière de conduire une ruche. Je n’ai testé que celle ci et la ruche horizontale ( mais déçu )

    pourquoi donc, cette ruche datant, a t elle été utilisé à tour de bras par les apiculteurs amateurs, alors qu’elle est clairement orientée à des usages professionnels.. comment a t elle pu être intégrée de manière si systématique dans la pratique ? le désire de contrôle absolu ou la peur de l’inconnu … le saura t-on un jour ?

    1. Bonjour,

      La PERM’APICULTURE est un joli qualificatif employé par un lecteur et il illustre que l’on peut faire une apiculture auto-fertile et sans argent !

      Pourquoi la Dadant s’est généralisée ?

      D’abord, grâce aux vendeurs de matériel qui ont standardisé de fait les pratiques, encouragés et soutenus par les syndicats.

      Et puis les paniers étaient synonymes d’une apiculture archaïque où l’on récoltait le miel en détruisant le plus souvent l’essaim…

      Comment voulez-vous prélever quand le panier est fermé ?

      Belle journée

  5. Article très intéressant, je pensais juste ce matin à fabriquer une ruche écologique pour l’implanter dans mon verger.
    Les gens qui pensent faire un geste écologique en achetant des ruches dadant avec des cadres de cires gaufrés devraient lire cet article !

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