Lasagne : 6 m2 pour nourrir 5 personnes !

La lecture de cet article n’a pas de sens sans la lecture du précédent. Et je le concluais comme suit :

Même combat au sein de la permaculture où il faut en finir avec toutes ces promesses techniques trompeuses comme celle-ci, révélée par un ingénieur agronome dans le hors-série n°8 spécial permaculture des 4 Saisons du jardin bio. Chapitre Minipotager hyper productif : « Grâce à sa productivité, la lasagne offre un gain de place appréciable au jardin. D’après Jean-Paul Collaert, l’un des initiateurs de cette technique d’origine américaine, une lasagne de 6 M2 approvisionne une famille de 5 personnes en légumes d’été…

Un lecteur des 4 Saisons du jardin bio s’est demandé si je n’avais pas voulu dénigrer son journal… Et il s’en est ému auprès de la rédaction qui m’a donc demandé d’éclairer mes intentions.

Claude-Bourguignon-5

 

Une tempête dans un verre d’eau,

alors que personne ne s’est émue une seule seconde qu’un ingénieur agronome soutenant qu’un jardin en lasagne d’un peu plus d’un 1 m2, c’est-à-dire moins grand qu’une petite baignoire ou un peu plus qu’un rabat de WC, puisse nourrir en légumes une personne pendant tout l’été. Et quand je demande l’avis de la directrice de la communication, elle me répond :

La politique de notre journal est de respecter tous les courants de la permaculture…

Voici la mienne :

A – Le minimum « syndical » veut qu’une information soit vérifiée avant d’être livrée en pâture parce que le métier de journaliste n’est pas celui de rapporteur. Un rapporteur rapporte comme le chien rapporte le journal à son maître, un journaliste informe, c’est-à-dire qu’il vérifie l’indépendance du chien par rapport au maître pour éviter le conflit d’intérêt. Lire la politique éditoriale du Jardin Vivant.

B – Je rappelle que l’auteur soutient que l’on peut nourrir en légumes une famille de 5 personnes sur 6 m² pendant tout un été ! D’abord, j’ai cru à une erreur de « typo », l’erreur est humaine. Mais NON, validée par la rédaction, l’information avait déjà été publiée dans le n° 186 en 2011.

C – Outre que ce genre de bêtises discrédite aujourd’hui la permaculture, elle illustrait à merveille le discours de Claude Bouguignon ; à savoir qu’en permaculture comme en agriculture chimique, on ne parle que de techniques et de rendements extraordinaires, d’Hyper-Productivité.

D – Qu’est-ce que la productivité ? Le potentiel naturel d’un organisme. Et l’hyper productivité : c’est encore plus que naturel, c’est artificiel ou contre-nature.

C + D = L’hyper productivité = Une ânerie

Et une belle ânerie, les hauts rendements n’étant liés ni à la technique ni au sol, mais à l’usage de variétés végétales issues de la sélection génétique. Et pour révéler le potentiel génétique d’une plante, les 4 ingrédients capitaux sont dans l’atmosphère… La chaleur, l’eau, le gaz carbonique et la lumière. À cela, nous pourrions rajouter l’azote.

Vu ainsi, si votre sol sent bon, c’est qu’il respire. Et s’il respire, c’est qu’il est vivant et en bonne santé. Soutenir que l’on peut encore augmenter sa productivité par une technique comme on gonfle la puissance d’un moteur relève de la tromperie parce que la productivité est conditionnée par le climat et la variété, puis par le terroir.

Si comme moi vous n’êtes pas un scientifique, apprenez à penser dans le bon sens, simplement, sans simplifier ni se compliquer.

Que mangeons-nous ?
Le sol ou la plante

Ouvrons son capot pour découvrir ses tuyauteries. Ainsi, quand une graine germe, elle émet 2 tiges : une qui descend dans les profondeurs de la Terre tandis que l’autre part à l’opposé dans le ciel. Le paysan de base se dit : Je ne sais pas où elles vont, mais si elles y vont, c’est qu’il y a bien une raison. Alors je vais les aider à se développer d’autant plus qu’elles ont besoin de presque rien : les tiges souterraines (ou racines) ont besoin d’eau, de chaleur et d’oxygène, et les tiges aériennes, d’eau, de lumière et de CO2. Zut, ce n’est pas la mère à boire… Extrait de ma méthode sur la culture du moindre effort, ou moins j’en fais, mieux je me porte.


Aurais-je servi la soupe
à Claude Bourguignon ?

Et certains de me transmettre le lien : Je ne suis pas une fan de Claude Bourguignon, où l’auteure masquée joue au procureur dans un réquisitoire à charge. Sans vouloir jouer l’avocat de la défense à visage découvert, l’anonyme précise qu’elle ne le connaît pas, seulement aperçu lors d’une conférence… Bref, que lui reproche-t-elle ?

  1. D’être hyper médiatique : s’il y a bien une chose que l’on ne décide pas, c’est bien de l’être. C’est ce qu’on appelle le pouvoir médiatique.
  2. D’être un show-man ! C’est justement parce que les Bourguignon font leur show qu’ils remplissent des salles et peuvent transmettre. Raison pour laquelle notre anonymous s’est déplacée. Franchement, si le couple passait la soirée assis bien sagement derrière un micro pour dire sans enthousiasme : le sol oui, mais le « solmifère » ! Combien iraient s’y assoupir ?
  3. Qu’attendons-nous d’un showman ? Sa spontanéité et ses dérapages. Cependant, dès qu’il frôle la sortie de route, immédiatement c’est le procès-verbal ! Oui en live, on s’expose à l’erreur, et alors, est-ce un crime de lèse-majesté ?
  4. Peut-on avoir encore le droit à l’erreur ? L’erreur, se complaire les deux pieds dedans ou la colporter comme beaucoup de médias font par facilité, n’est-ce pas d’une autre gravité ? N’empêche qu’à cause de tous ces dépositaires de la bonne morale, y a même des mots que l’on ne peut plus dire…

claude-bourguignon-profil-de-sol

À la question : aurais-je servi la soupe à Claude Bourguignon ? Oui, car je n’avais aucune raison de ne pas lui servir, vu ce que j’avais vu et entendu ce jour-là. Par contre, la soupe avait tourné quand j’ai refermé son livre (1) quelques jours après la publication. Et une soupe aigre comme disait mon grand-père, on a du mal à l’avaler !

Même de bonne foi,
la foi reste qu’une certitude de l’esprit

Rapidement, beaucoup de choses intéressantes et des points de vue pertinents, sauf cet amalgame avec la Chrétienté. Et dans un livre de vulgarisation scientifique, mélanger avec insistance la Science avec sa foi est carrément gênant. Finalement, c’est comme un cheveu sur une soupe, on se demande ce que ça fait là !

L’Histoire nous a appris que d’enchevêtrer des données scientifiques et religieuses, n’ont servi ni la Science et les croyances religieuses parce qu’elles appartiennent à deux champs distincts.

Et effectivement d’une manière générale, la tentation est grande quand on enseigne les techniques sans les Savoirs qui les fondent, d’y dissimuler une bonne dose de ses croyances personnelles pour les faire passer pour des données scientifiques. Mais tentation ne veut pas dire succombation, et à aucun moment ce jour-là, pendant les profils de sol où lors de notre entretien, Claude Bourguignon n’a succombé.

(1) Le sol, la terre et les champs de Lydia et Claude Bourguignon aux Éditions Sang de la Terre ISBN9782869851887

2 réflexions sur “Lasagne : 6 m2 pour nourrir 5 personnes !

  1. 6m2 pour 5 personnes en période estivale, ce n’est plus du jardinage mais de la sorcellerie, boudiou !
    Ou alors: famille anorexique ?
    Ou alors : légumes gigantesques? Petits pois de 15 kg ? Haricots idem , plusieurs mètres de hauteurs et fruits de plusieurs kg ?
    Non… je vois pas….?

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