Quel est l’avenir de la PERMACULTURE ?

Extrait d’un entretien à paraître fin 2015 sur l’avenir de la permaculture dans le futur de l’agriculture.

 

Concrètement, c’est quoi la permaculture ?

La permaculture n’est ni une méthode ni une vue de l’esprit mais un concept global, ce qui explique qu’installer une butte dans son jardin ou le recouvrir d’un manteau de paille pendant l’hiver est réducteur, de la même manière que l’Écologie n’est pas un supplément d’âme, mais une transformation complète de la manière de penser l’économie comme le rappelait dernièrement José Bové.

Et la permaculture s’inscrit complètement dans ce cadre : c’est une autre manière de penser l’économie, le social, le développement et l’agriculture. C’est aussi simple que cela et Bill Mollison, celui qui l’a remis au goût du jour, n’a pas dit plus : pour être durable, une société doit s’appuyer sur la pérennité de son agriculture.

Alors, c’est de la politique ?

Si faire de la politique, c’est se sentir concerné par l’organisation de notre société, c’est effectivement une posture politique.

Mais il faut bien distinguer le goût pour la politique, du goût pour le pouvoir. Parce que si la politique est un moyen pour le conquérir, pour prendre le pouvoir et l’imposer aux autres, là il ne s’agit aucunement de cela ; seulement de la prise en compte des besoins des générations futures pour ne pas compromettre leur avenir. C’est de la bienveillance, la même qui anime des parents envers leurs enfants.

Quelle relation avec la pérennité de l’agriculture ?

L’agriculture est centrale dans la permaculture parce qu’elle produit l’énergie pour nourrir les 7,5 milliards d’êtres. Et en dehors de l’eau, nos corps ont besoin quotidiennement d’être alimentés avec des graisses et des sucres que seule l’agriculture produit.

Il y a 10 000 ans, quand la population mondiale était inférieure à 10 millions de personnes, la cueillette et la chasse étaient un excellent moyen pour se nourrir dans le respect de la biodiversité. Mais ce temps est révolu, et la population ne cesse d’augmenter, et le nombre d’agriculteurs ne cesse de diminuer…

Souvenons-nous que l’agriculture est la seule activité humaine qui remplit nos estomacs ! Et quand l’agriculture produit des richesses énergétiques pour l’ensemble des habitants de la planète, l’économie en produit seulement pour quelques-uns, une poignée et j’exagère à peine.

La permaculture,
un modèle de développement durable ?

En plein dans le mille. Et d’ailleurs le concept de la permaculture n’a aucun sens en dehors parce que chaque génération crée le futur des prochaines. Nous créons aujourd’hui les conditions de vie de nos enfants.

Actuellement, l’économie est la locomotive du développement ; et le social, l’écologie et l’agriculture subissent aussi bien sa croissance que la dictature des marchés. Et l’économie règne sans partage, sans nom et sans visage ; sauf à transformer notre manière de la penser. Mais une autre voie est également possible, et en cela je rejoins le créateur du mot permaculture, Bill Mollison : l’agriculture doit être la locomotive du développement.

C’est- à-dire ?

C’est à dire que toutes les solutions passent par le changement et par la transformation radicale de notre manière de penser le développement… Il n’y a aucune autre issue, la pire étant la transition, celle qui consiste à faire semblant de changer sans rien changer pour préserver les intérêts de ceux qui tirent profit du système actuel.

Vous poussez le bouchon un peu loin…

La transition est le passage qui mène d’un état vers un autre état.

Actuellement, la Croissance de l’économie s’appuie sur la consommation et l’augmentation des besoins. Plus on consomme, plus on produit, plus on produit, plus l’économie est dynamique et les emplois nombreux. Mais la bonne santé de l’économie s’appuie également sur la consommation des énergies fossiles qui sont par nature, non-renouvelable et responsable du réchauffement climatique… Voilà la situation actuelle.

Et la transition doit nous mener vers un autre modèle de développement ! Mais lequel ? Personne ne le connaît, à moins que ce soit le même… Donc, la transition est de la poudre aux yeux.

Juste un exemple : les pays en voie de développement ont souvent un fort taux de croissance, symbole d’une économie forte… Quel est l’impact sur les populations les plus démunis ? Rester pauvres et encore plus démunies !

Et la permaculture serait la solution !

Non, la permaculture n’est qu’un mot et comme tous les mots, sujet à toutes les manipulations.

Il faut se souvenir que l’idée d’un développement insoutenable a germé dans le cerveau des agronomes et non dans celui des économistes en 1910 ; et depuis nous avons enchaîné que des catastrophes écologiques ! Le réchauffement climatique en est une. Donc il faut attendre que l’idée se fraye également un chemin au milieu des chiffres qui obstruent le cerveau des économistes…

Il faut se souvenir également qu’avant la permaculture, ses consœurs biologiques ou agrobiologiques l’ont précédé dans le grand précipice qui réduit un concept global de développement en de simples techniques de jardinage. À l’origine, l’agriculture biologique était un projet global, le même que la permaculture.

Et aujourd’hui, la marchandisation de la permaculture fait qu’on essaie de la formater à notre modèle économique alors que c’est notre manière de penser l’économie qu’il faut transformer totalement.

Alors, quel est l’avenir de la permaculture
dans le futur de l’agriculture ?

Par exemple, appliquer la permaculture à l’amélioration d’une exploitation agricole, c’est comme mettre un pansement sur une jambe de bois ou donner l’extrême-onction à un  mourant.

Déjà il faut redonner ses lettres de noblesse au mot agriculteur ou à son jumeau cultivateur. L’agriculteur est celle ou celui qui cultive son champ, et qu’importe la grandeur du champ, un potager est un petit champ.

À mon avis, il y a 3 formes d’agriculture : l’agriculture commerciale qui alimente l’économie de marché et où toute la production est vendue ; l’agriculture non-commerciale ou vivrière pour nourrir de petites unités dont la familiale et où seuls les excédents sont échangés ou vendus (sens de la permaculture) ; et l’agriculture de loisir pour se détendre (ex. le jardinage).

Où est l’agriculture vivrière en France ?

Nulle part puisqu’elle est interdite depuis la fin de la seconde guerre mondiale ; toutes les terres cultivables étant réservées à l’agriculture commerciale. Pour avoir accès à la terre, il faut déjà avoir un projet commercial d’exploitation…

* Cet entretien sur l’avenir de la permaculture bouclera la boucle après le premier livre sur son histoire et sa contextualisation par rapport aux sources de l’agriculture, et le second sur l’évolution de la permaculture de la naissance du mot de 1978 à nos jours.

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En résumé : la permaculture est une autre manière de penser le développement, le social et l’économie, car pour être durable, une société doit s’appuyer sur la pérennité de son agriculture et non sur son économie.

Ainsi, la première condition à la paix et la non-violence, donc à la stabilité de nos sociétés, c’est quand les peuples mangent à leur faim, boivent à leur soif et s’abritent dans des logements décents.

C’est le dessein de la permaculture : l’agriculture, locomotive du développement en lieu et place de la croissance et de la consommation, et encadrée par le social, l’écologie et la culture ; l‘agriculture fondement d’un développement durable qui préserve les besoins des générations futures.

Et  quand un individu, une famille ou une communauté produit autant d’énergie qu’il en consomme, il est en cohérence avec ce concept de la permanence.

2 réflexions sur “Quel est l’avenir de la PERMACULTURE ?

  1. Génial, je m’intéresse depuis peu à l’agriculture et je suis content de trouver un écho à ce que je pensais : il faut changer notre mode de vie (« l’économie ») et pas simplement produire différemment (« plus bio »).

    Je pourrais parler d’économie des heures et j’aurais rajouté un coté un peu guerrier en conclusion plus conquérant… en tout cas, bon continuation pour ton site que je découvre avec enthousiasme.

  2. Super article.
    L’économie, et a fortiori l’économie de marché, comme locomotive du développement est un non-sens et destiné seulement à quelques uns. Il faudrait redonner aux vraies locomotives de production de valeur d’usage leurs lettres de noblesse et démarchandiser notre société.

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