À quoi sert l’eau dans une plante ?

Dernière mise à jour : 8 juillet 2016

Sans eau, pas de vie.
Trop la noie, pas assez l’assèche.
Le feu la réduit à l’inexistence quand un subtil dosage d’eau et de chaleur fait ce fragile état d’équilibre instable qui permet l’existence de la vie. Bref,

 

 Faut-il arroser son jardin ?

Sachant que la cellule d’un être pluricellulaire doit baigner sans cesse dans l’eau pour vivre, et que l’absence d’eau est la cause première des famines, alors il n’est pas superflu de s’attarder sur cette question car deux écoles font la pluie et le beau temps à ce sujet.

Une école arrose systématiquement, goutte après goutte ou par canons et asperseurs, et l’autre n’arrose pas et prône l’absence totale d’irrigation au prétexte que l’humus de ses sols, couplé à du bois et du paillage, permet d’y conserver durablement l’humidité. À noter qu’en agriculture chimique, on cultive même des variétés sélectionnées pour être irriguées…

En dehors de ces deux positions radicales, une question demeure : COMMENT SAVOIR SI UNE PLANTE A SOIF ? Car effectivement, pourquoi donner à boire à une plante qui n’a pas soif, et inversement, pourquoi refuser d’étancher la soif d’une assoiffée ?

Quelles conséquences sur le développement de la plante ?

La question est d’autant plus pertinente que nous-mêmes pouvons être victimes de déshydratation sans le savoir… Mais une autre question se soulève : l’eau, est-elle la même quand elle est sang ou sève, interstitielle, cellulaire, pluie, rivière, nuage, urine ou salive ?

2003

Si la chaleur, l’eau, la lumière et la matière sont les mamelles du développement cellulaire, seule H2O permet de révéler le potentiel génétique d’une plante.

Exemple avec la carotte ci-dessus produite lors de la canicule de 2003.


Extrait du livre La permaculture de 1978 à nos jours :

« Si quantitativement certaines plantes sont constituées à 99,99 % de molécules d’H2O, 99,99 % de leurs besoins vitaux sont alors liés à l’eau, question de bon sens… »

« … Contrainte par sa fixité et assujettie aux conditions du milieu, le seul possible d’une plante pour réguler sa température corporelle et maintenir la constance de sa mer intérieure, est son système de transpiration. Mais sans pompe (cœur) pour faire circuler ses liquides, elle utilise également la transpiration pour aspirer l’eau de la terre et la faire remonter jusqu’à ses feuilles. Et plus elle transpire, plus elle a besoin d’eau. Et plus il fait chaud, plus elle a besoin d’eau. Si à cela on rajoute que plus une variété est étrangère au milieu, plus rapidement elle sera mise en difficulté et affaiblie par manque ou excès d’eau, ou par manque ou excès de chaleur, alors l’absurdité de creuser l’écart entre le milieu et les exigences génétiques de la plante saute aux yeux… »


Plutôt que de prendre partie pour ou contre l’irrigation,
essayons de voir à quoi sert l’eau dans une plante ?

1 |  Comme le dromadaire, la plante potagère ne peut pas faire de réserve d’eau.

2 |  Le développement d’une plante est conditionné par son alimentation en eau.

3 |  Plus son développement est rapide, plus ses besoins en eau sont importants.

4 |  Ses eaux internes sont gérées par sa génétique, son logiciel.

 

Sans consommer d’énergie, le cultivateur peut agir sur les points 2 et 4 : la variété et l’eau. Par contre, en agissant sur la chaleur et l’éclairement, il pousse 2 curseurs énergivores et chronophages, le contraire d’économe.

→ L’eau pour pomper l’eau

Parce que la transpiration fait circuler la sève et aspire les nutriments. Alors sans cesse, les plantes doivent combler cette perte due à l’évaporation.

→ L’eau pour réguler la température

Comme nous, les plantes utilisent la transpiration pour réguler leur température corporelle. Et sans cesse, elles doivent combler cette perte due à l’évaporation

→ L’eau pour fabriquer ses sucres

Parce que l’eau rentre dans la fabrication des glucides synthétisés par la plante. Sans eau, pas de sucre, pas de développement cellulaire, pas de croissance… Le sucre est le moteur de l’activité cellulaire.

→ L’eau pour nourrir les cellules

La vitesse de déplacement de la sève brute est conditionnée par l’alimentation en eau. Un manque réduit la fabrications des glucides et l’alimentation des cellules, et impacte directement le développement cellulaire à la base des rendements. Un excès d’eau produit les mêmes effets suite au manque d’oxygène du système racinaire.

→ L’eau pour exploiter le potentiel génétique

L’eau pour révéler la productivité d’une plante, c’est à dire son potentiel naturel ou génétique.

→ L’eau pour exploiter le potentiel du sol

Sans eau, une planète est un désert minéral. Aussi, l’eau est à la base de la fertilité des sols. En effet, comme un nourrisson au sein, la plante y aspire ses eaux chargées de nutriments… Sa bouillie !

Voilà succinctement les principaux usages de l’eau par la plante.

La tentation est alors grande d’arroser systématiquement son jardin… sauf que l’excès d’eau est aussi préjudiciable que le manque, peut-être même pire ! En effet de la même manière qu’un système de goutte à goutte maintient une humidité de surface profitable à certains parasites et préjudiciable à l’enracinement de la plante, une saturation régulière du sol chasse l’oxygène et asphyxie les racines ; le développement racinaire étant directement lié à la teneur en oxygène du sol…

Que faire ?
Cultiver avec ou sans eau !

À chacun de faire la part des choses et d’évaluer les besoins de ses plantes en fonction des variétés et des conditions du milieu où il cultive : son terroir. Et l’expression être à l’écoute de ses plantes n’est pas une volupté de l’esprit, car pour profiter sans stress, les plantes potagères ont besoin à convenance, d’un apport régulier d’eau fait avec discernement.

7 réflexions sur “À quoi sert l’eau dans une plante ?

  1. Salut Christophe , oui sujet tres interessant , et tu soulignes un point essentiel , celui de terroir , parce que les terres sont differentes , d aerees a compactes avec tous les intermediaires sableux etc.. ça va bien au dela du simplisme pailler ou arroser .
    Dans mes montagnes andines , j ai une terre noire , d humus , tres aeree si on ne la compacte pas . maxi 30 cm de cet humus de foret de jadis , sur un socle d argile. Cette terre , tres carbonee est la base de la terra preta .. l eau s infiltre vite , et est retenue par la couche d argile 20 a 30 cm en dessous , dans mon cas d altiplano, qui absorbe difficilement l eau .
    Les vers de terre sont majoritairement a ce niveau entre ces 2 couches parce que c est la que l humidite reste en permanence . Avec un paillis , ces vers sont aussi , juste en dessous du paillis , question de conditions favorables .
    J ai fait un puit , a l oeil en observant l espece d herbe typique et revelatrice d eau souterraine , en plus a cet endroit le sol etait spongieux , donc aucun risque de trop creuser profondement . Et l eau je l ai trouve a 80 cm de profondeur , en periode de secheresse prolongee del niño . En temps normal , l eau est a 40cm. Ma pluviosite annuelle avoisine les 2,5 m . De l eau de pluie d orage , toujours , que je ne peux evidemment pas controlee , sauf en drainant , en cultivant en pente douce etc.. . Et fort ensoleillement ..le jour LOL .
    Alors pourquoi je paille ¿ , pour controler les adventices et les reduire au minimum , sinon c est l esclavage permanent. En ete , saison plus seche , les semis ont besoin d arrosage , j essaie d attendre au max l eau de pluie d orage , qui est nettement superieure a l eau chloree d aqueduc.
    Tout est observations , les regles generales dans la vie des sols ne sont que des cas particuliers propres , de son terroir , et c est cela qui compte pour soi , pour ses cultures potageres et autres. Pour moi , c est toujours un bon drainage qui est imperatif , pour d autres en autres lieux , c est retenir l eau qui sera important .
    Et un potager est different d une foret . J optimise au max dans mon potager , et pour ce qui est de foret jardin , une bonne partie est plantee dans l argile , avec au debut juste une couche d herbe de 10cm maxi , en decoupe au carre a la beche et posee dessus. Commencer en 2009 , j ai maintenant des arbres natifs d une bonne dizaine de metres de hauteur .. pailler tres epais (30cm mini) en permanence quand je coupe l herbe (foin) a la debroussailleuse. Idem pour tous les arbres fruitiers et autres plantes . Ensuite ces arbres creent de l ombre et de l humus avec leurs feuilles , du coup le non agir entre en action .
    Belle journee , et merci de tes apports et reflexions , tres precieuses et pleines de bon sens .

  2. Salut Christophe,
    C’est un réflexion importante que tu poses là, alors que vouloir supprimer systématiquement l’irrigation me semble trop répandu dans les milieux « alternatifs ».
    Pourquoi opposer ceux qui arrose à ceux qui paillent ? Personnellement, je fait partie des deux ! Le paillage me semble encore indispensable sur ma terre sableuse d’Ardèche méridionale et l’arrosage également dès qu’on a pas eu de pluie pendant plusieurs jours avec des fortes chaleurs.
    J’adapte aussi suivant les plantes : par exemple je suis beaucoup plus généreux envers les aubergines, les piments ou les choux qu’envers les maïs ou les tomates qui sont au final assez résistants lorsqu’ils sont bien paillées.
    Au final tout est question de bon sens et d’observation, je pense que nous nous rejoignions aisément là dessus 😉 !
    ++
    Gilles

    1. Bonsoir Gilles,

      Je partage à 100 % ta conclusion : on paille, mulche et arrose en fonction du climat, de la variété et de son terroir. Qu’une question de bon sens et d’observation.

      Cette notion de terroir est essentielle dans la culture et on tend aujourd’hui à l’oublier alors que chaque sol a son caractère et son climat.

      Pourtant, cette condition native est complètement intégrée et palpable dans le vin…

      Pour revenir à l’accroche : faut-il arroser ou pailler ? c’était comme un pied de nez à certains prédicateurs Youtubesque, autoproclamés Docteur Es Sciences de la Nature… et qui soutiennent sans l’ombre d’un doute, que pailler évite d’arroser…

      Belle journée.

  3. Bonjour,

    Nous sommes nous aussi en Limousin, et on s’est installés du côté de Châlus. ( Quand je dis Nous , je parle de ma compagne , ses parents et deux amis ) Donc sur un terrain de quatre hectares dont deux de forêts. L’idée de base était donc de lancer un projet de type permaculture mais pour l’instant, on essuie plus de déboires qui ont tendances à démotiver. Alors je pense qu’on a vraiment de quoi faire quelques choses de magnifiques ici , mais aucun cheminement logique pour arriver à un projet finale.
    Du coup pour l’arrosage, on est partagé sur la méthode, sachant que la méthode appliqué est un arrosage systématique en début de soirée quand il n’a pas eu de pluies depuis quelques jours et qu’il fait chaud, ce qui fait beaucoup de boulot pour arroser ce que je considère comme une petite surface. Quelles seraient vos conseils , et auriez-vous besoin de détails plus pertinent sur la configuration ?

    1. Bonjour,

      Effectivement, l’arrosage systématique est totalement déconseillé.
      Difficile à distance de vous donner de bons conseils.

      Prés de chez vous, vous avez une école de permaculture et un groupe perma très actif.

      Dans mon dernier livre, vous trouverez également des conseils utiles.
      Et enfin, je peux vous consacrer un peu de temps si vous passez me voir au jardin.

      Bonne soirée

  4. Bonjour,

    Est il préférable d’arroser peu mais beaucoup afin que l’humidité soit présente en profondeur et favoriser le développement racinaire, plutôt qui souvent et peu ?

    Par ailleurs peut on se contenter de n’arroser que lorsqu’on remarque les feuilles s’affaissent.

    En gros : arrosage abondant lorsque les feuilles s’affaissent constitue-t-il une règle « convenable » ?

    Bien à vous

    1. Bonjour,

      Il est contre indiqué d’arroser un petit peu quotidiennement parce que cela contribue à favoriser une humidité de surface profitable aux champignons…

      Un ou deux arrosages par semaine seront suffisants par temps très sec et suivant les plantes, mais un arrosage comme une belle pluie pour humidifier le sol en profondeur.

      Quand les feuilles s’affaissent, c’est que la plante est déjà en stress et en manque d’eau ; et elles affaissent ses feuilles pour limiter sa transpiration et donc ses pertes en eau. Généralement, suite à un tel événement, elle prendra la décision de ne plus se développer et de monter en graines pour se reproduire.

      Nous attendons tous la pluie…
      Ici dans le nord Limousin, tout est jaune,
      et j’ai paillé et j’arrose régulièrement mes jeunes arbres
      pour qu’ils ne meurent pas de soif.

      Belle journée.

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