PESTICIDES et SOL VIVANT, une histoire de Roundup !

Dernière mise à jour : 24 sept. 2015. Comment ne pas réagir à l’article du rédacteur en chef du magazine TCS n°82, qui lui-même réagit à cette nouvelle fraîche ; à savoir le classement du Glyphosate (Roundunp) comme une substance probablement cancérigène ?

En substance, Frédéric Thomas soutient que la fertilité des sols vivants repose aujourd’hui sur cette même molécule de synthèse : le Glyphosate. Et effectivement, il a raison puisque les techniques culturales de l’agriculture biologique ne reposent aujourd’hui ni sur le principe du sol vivant ni sur une aggradation de sa fertilité.

En bref, le non travail de la terre permet de préserver la richesse du sol et d’accroître sa fertilité par les couverts végétaux. Et le contrôle de ces couverts est possible grâce à cette molécule. Mais les herbicides étant interdits en agriculture biologique, le seul moyen pour contrôler les couverts est donc de les retourner. Or le labourage bouscule et détruit en grande partie la vie dans le sol… base de la fertilité !

C’est le serpent qui se mort la queue

Si la molécule à la base du maintien de la fertilité de nos champs est cancérigène. Cela soulève aussi une question : si le sens premier de l’agriculture durable est de répondre aux besoins du présent sans compromettre celui des générations futures, n’est-ce pas un fâcheux contresens de mettre en péril leur développement en leur léguant un poison probablement mortel ?

Probable = possible, plausible, vraisemblable. Selon toute probabilité, cette molécule est cancérigène mais on ne peut pas le dire tout de suite… F. Thomas l’écrit avec d’autres mots : « Le CIRC affirme que l’examen de l’ensemble de la littérature scientifique ne permet pas de conclure avec une totale certitude à la cancérogénicité du glyphosate mais permet d’identifier des risques. »

La messe est dite !

La messe est dite et l’affaire pliée sur l’avenir de cette molécule présente déjà dans toutes les eaux de la planète, dans la nourriture et dans beaucoup de corps humains selon une étude des Amis de la Terre.

Quant à l’avenir de nos enfants, F. Thomas n’y va pas avec le dos de la cuillère : «  … Toute forme d’agriculture exerce des pressions négatives sur l’environnement.  » Même si son article justifie qu’il est impossible de faire une omelette sans casser des œufs, peut-on mettre dans le même panier l’agriculture qui n’utilise pas de pesticides et d’engrais chimiques avec celle qui en utilise sans retenue ?

Le sol vivant n’est qu’un idéal

C’est une vraie question et son article fait sens car il met en exergue que nous n’atteindrons jamais l’idéal ; l’idéal étant un sol vivant sans travail du sol, sans pesticide, et sans pétrole : mais aujourd’hui tout le monde ignore le savoir-faire pour l’atteindre. Sauf dans nos rêves, sauf à revenir avant…

Parce que si avant 80 % de la population produisait la nourriture pour l’ensemble, aujourd’hui l’ensemble de la nourriture est produite par 1 % de la population en France. Et ce petit miracle a été possible grâce aux énergies fossiles et non-renouvelable, grâce aux pesticides et à une politique agricole pour éliminer l’agriculture vivrière et les petits paysans du territoire.

Tous responsables

Ceci pour dire finalement que nous sommes tous responsables et dépendants d’une orientation politique mondiale qui ne prend en compte ni les peuples ni les générations futures.


Un peu d’histoire

Si le but premier du pesticide est d’être un médicament à usage ponctuel pour guérir les plantes malades, depuis 40 ans leur emploi est systématique. Pourquoi ?

Parce que les pesticides ont été intégrés dans les techniques culturales de la même manière que l’antibiotique est intégré comme complément alimentaire dans l’élevage de certains animaux.

Là réside le problème de fond, l’épine dans le pied, et à terme, tout le monde sera perdant. Mais aujourd’hui, les premiers perdants sont les agriculteurs par l’augmentation des pathologies professionnelles et la croissance de leurs intrants, de leurs charges et de leur dépendance.

Et le Glyphosate dans cette histoire

Après la naissance du Roundup il y a 40 ans, on a enseigné dans les lycées agricoles que sa molécule se neutralise au niveau du sol et que son impact est presque neutre sur l’environnement, quasi insignifiant.

  • On en boirait !

Comme F. Thomas, je l’ai cru.

J’ai cru que c’était un moindre mal,

et pendant une dizaine d’années, je l’ai utilisé et même conseillé : voilà le résultat sur des cerveaux immatures conditionnés dans les écoles d’agriculture !

Avec force de conviction, j’entends encore mon professeur de phytopharmacie l’incruster dans notre mémoire… Cependant, il nous avait bien caché les effets secondaires : Des effets dits « secondaires » dénoncés dès 1980 par Francis Chaboussou, un ancien directeur de recherche de l’INRA de Bordeaux, dans un livre intitulé : Les plantes malades des pesticides. Déjà en 1960, des chercheurs du monde entier… (extrait de La permaculture de 1978 à nos jours)

En 1994,
Le courrier de l’environnement de l’INRA
confirme

« Aujourd’hui, les laboratoires sont en train de mettre au point de nouveaux produits, organismes, substances et techniques variés qui demain poseront d’énormes problèmes écologiques, sanitaires, sociaux et économiques dans nos campagnes, nos familles et nos assiettes… »

Des épandages massifs

L’intégration des pesticides dans les techniques culturales font qu’aujourd’hui de grandes quantités de pesticides sont tous les ans déversées dans la nature. Mais la Recherche a démontré que toutes ces molécules de synthèse peuvent aussi interagir entre elles pour produire d’autres principes actifs dont nous ignorons totalement les effets…

Par ailleurs, la dangerosité d’une molécule était calculée jusqu’alors sur l’adage de Paracelse : Cest la dose qui fait le poison. Mais là encore, la dose létale a été remise en question avec la dose réponse non-monotone.

En conclusion
qui sont les responsables ?

Jusqu’à preuve du contraire les agriculteurs comme Monsanto et les autres respectent la Loi.

Peut-on alors attribuer la responsabilité à ceux qui l’écrivent ; le personnel politique élu par les citoyens pour les représenter et qui ont la charge de garantir la sécurité et les besoins des populations sans oublier de garantir ceux des générations futures ?

Le 20 mars 2015, le Glyphosate a été classé cancérogène « probable », mais la préservation des sols s’appuie aussi aujourd’hui sur cette molécule. Une histoire de fou !

Le 22 septembre 2015, une nouvelle étude validée par la communauté scientifique met en évidence la toxicité du Glyphosate.

 

 

Pour compléter :  Quelle parenté entre agriculture et permaculture ?
La mort annoncée du sol vivant !  C’est la dose qui fait le poison

Livres
2015 – La permaculture de 1978 à nos jours 
2014 – Aux sources de l’agriculture, la permaculture ; illusion et réalité

 

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