La ferme des mille vaches

Après la ferme des mille vaches, il y aura la ferme des 1000 veaux sur le plateau Limousin de Millevaches. Aujourd’hui 1000, demain 10 000, peut-être 100 000, où est la limite ?

Ce concept des 1000, est-il porteur d’un nouveau modèle agricole ? Pas si sûr à la lecture de l’excellent article de Matthieu Archambeau sur le site d’Agriculture de conservation.

Utiliser la vache pour produire de l’électricité !

Comme une ferme solaire ou une ferme éolienne, la particularité de la ferme des mille vaches est d’être une unité de production électrique basée sur la vache et dont le lait et la viande seront des produits dérivés.

Cow-co

On peut être choqué que la vache soit réduite au statut d’une chose mais il y a encore dans le monde, des pays où le statut de femme n’est pas autre chose. D’ailleurs, nous devons une partie de notre « bien-être » au « mal-être » des enfants qui travaillent loin de nos yeux sur des chaînes de production, parce qu’ils sont la main d’œuvre la moins chère et la plus servile. Et, sans oublier ces 36 millions d’esclaves qui partagent dans le monde le même statut juridique que la vache à faire de l’électricité.

Bref, faut-il jeter la pierre à ceux qui disent que ce type d’exploitation des animaux relève plus du camp concentrationnaire que d’une ferme ? Tout dépend si l’on considère la vache comme une chose ou un être vivant doué de sensibilité. En tout état de cause, s’interroger sur nos systèmes de production est une bonne chose, parce qu’ils ouvrent directement le débat sur la pérennité de notre modèle économique et sur la finitude des ressources naturelles de notre planète. Extrait de mon prochain ouvrage :

« Couplé aux règles sur l’agriculture biologique, le bilan carbone est aujourd’hui le seul moyen de connaître l’impact écologique d’un système de production, parce qu’il permet d’évaluer s’il produit plus d’énergie qu’il n’en consomme, ou s’il absorbe autant de CO2 qu’il n’en émet. Si sa production de CO2 est excédentaire, il produit un déséquilibre et il remet en cause la neutralité de notre empreinte écologique, base d’un système durable, soutenable et permanent.
A noter que le mot durable qui définit l’agriculture ou le développement durable, provient de l’expression anglaise « sustainable development » qui veut dire un développement qui répond aux besoins du présent sans compromettre celui des générations futures. Et la consommation des énergies non-renouvelables pose justement la question des générations futures à répondre aux leurs. Si elles trouvent les placards vides, comment feront-elles ? Plus que durable, c’est d’un développement et d’une agriculture permanente dont nous avons besoin parce que la durabilité en l’état est déjà compromise, parce que la plus part des ressources naturelles ont déjà été consommées et que les placards sont presque vides.

Ça ne peut plus durer !

Évaluer et certifier les agricultures par leur consommation d’intrants offriraient aux consommateurs une vue plus juste de l’impact écologique de leurs systèmes de production sur le bouleversement climatique, en plus de sortir leurs agriculteurs des corporatismes idéologiques, entre les non-AB et les AB, parce que le seul refus de recourir aux produits chimiques de synthèse n’est plus suffisant, parce que le gazole est le produit chimique de synthèse le plus utilisé dans une ferme et que la fonte des glaces est déjà en route.

Et les agricultures subissent de plein fouet cette fonte due à l’élévation soudaine de la température, qui en modifiant les courants océaniques, change et durcit le climat. L’agriculteur subit mais également contribue comme tout le monde. »

2003 - Lac de Saint-Pardoux. Compreignac
2003 – Lac de Saint-Pardoux. Compreignac

Bien évidemment, c’est facile de pointer du doigt les agriculteurs ou un tel et une telle, mais tout le monde fait sa part dans le dérèglement climatique : chacun contribue à son niveau à pourrir la vie des générations futures. Même ceux qui écrivent pour alerter produisent des émissions, même les éditeurs de livres écologiques sont de très gros producteurs de CO2, pire que les agriculteurs parce que le livre n’est pas comestible mais une chose qui nourrit avant tout la Croissance. Et quand la croissance positive, que fait la vache qui rit ?

Bref, on peut retourner le problème dans tous les sens, mais la transition énergétique oblige à changer tous les systèmes de production et de consommation, mais comme nous sommes tous réfractaires aux changements, comment les changer sans changer de modèle économique ? En attendant, ce sont les plus démunis qui payent les intérêts de cette dette. Alors, intégrer dans la certification des agricultures, un des intrants les plus polluants, le gazole, parce qu’il y a un rapport direct entre le mode de production et le nombre de litres d’hydrocarbure brûlés par hectare, aurait un effet bénéfique sur le climat et le développement des générations futures.

3 réflexions sur “La ferme des mille vaches

  1. Article génial, étant agriculteur et constatant certains dysfonctionnements entre agriculture soit disant vertueuses et systèmes intensifs, les bilans aux sens larges méritent la plus grande attention.

    De ce point de vue, nous aurions l’obligation de regarder la vérité en face, notre manière d’être acteur ! Merci encore.

  2. Merci pour l’article.

    Je suis d’accord avec la proposition que les fermes intègrent dans leur gestion le rapport intrant/sortant. Sur la manière, la certification me paraît être appropriée au contexte de notre société déresponsabilisante, qui impose aux professionnels d’acquérir des certifications afin de montrer patte blanche à leur clientèle, grâce au tampon certifiant.

    Dans une société où les personnes seraient responsables, il y aurait moins besoin d’organismes certificateurs qui « accaparent la confiance » grâce au tampon certifiant.

    Ainsi, avec ces fermiers et consommateurs conscients (peu nombreux à l’heure actuelle), on verrait des gens réfléchir par eux-mêmes, capables d’aboutir à une conclusion toute simple :
    – ce que je ne dépense pas, c’est ce que je gagne,
    – ce que je n’utilise pas comme énergie, c’est ce que je n’ai pas besoin de produire ou d’acheter,
    – ce que j’évite en consommation énergétique à impact négatif sur l’environnement, ça permettra à l’écosystème et aux génération futures de ne pas subir le poids de mes actions…

    C’est évident que cela est positif pour tous, d’adopter une bonne gestion comptable entre l’énergie utilisée et l’énergie récoltée. Ceux qui n’en voit pas le bon sens sont ou inconscients ou ignorants ou prisonniers.

    Mais c’est notre système actuel qui n’invite pas vraiment au changement…

    Alors je dis oui à la certification, mais comme outil pédagogique de changement et de prise de conscience.

    a+

    1. Bonjour Moilamain,

      Je partagerais ton avis si nous vivions dans un monde idéal où l’homme serait ce qu’il n’est pas…

      Il suffit de voir comment l’éthique du commerce équitable maintient les paysans du Sud dans la pauvreté et enrichit ceux qui en font le commerce !

      Il suffit pour s’en convaincre de voir tous les scandales qui émaillent l’agriculture et trompent le consommateur : la vache folle, les hormones, les antibiotiques, les OGM, la viande de cheval, … Et comment le bio est mis à toutes les sauces !

      Sans oublier l’huile de palme, le lait et le sucre. Bref, l’homme est un prédateur sans foi ni loi, et l’absence de règles conduit toujours les plus barbares à dicter les leurs.

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