La clé de sol du productivisme

Sol. Quand la définition de l’agriculture a basculé d’un art de cultiver vers un ensemble de techniques d’exploitation du sol en vue d’une production végétale, le mot sol s’est imposé.

La bascule a relégué l’art aux oubliettes dans les années 20, mais c’est réellement à partir des années 50 que la dé-fertilisation des terres a commencé par une consommation accrue de l’humus, cette fertilité héritée. L’agriculture productiviste était en marche sous couvert de l’autonomie alimentaire du pays.

Alors, ces terres vivantes ont été rapidement vidées pour devenir les sols inertes que nous connaissons, propres et lisses à l’image du formica. En réaction à cette politique de la table rase, le concept du sol vivant est apparu pour rappeler qu’à l’intérieur de la terre, il y a de la vie. Aujourd’hui, on dit le sol vivant comme on dit un sol sableux ou un sol gras ; un sol gras n’étant pas gras mais argileux parce qu’il colle à la semelle comme du gras sur les doigts. On appelle ça, une appréciation de surface.

Sol-inerte
2014 – Politique de la table rase

A l’origine, le sol désignait la partie la plus basse, le fond d’une chose ou d’un objet. Le fond d’un fossé est son sol comme le sol d’un océan est son fond. Et si le sol de l’atmosphère est à la surface de la terre, son plancher est donc le plafond de la Terre. Et dans ce plafond, grouillent pleins de vies à tous les étages.

Le mois dernier, un jeune effronté pas plus haut que 3 pommes, franchit la ligne pour me faire remarquer en public :  » Si j‘ai bien compris, on ne marche pas sur le sol mais sur le plafond de la terre. Alors, si le plafond de la terre est aussi le sol des océans, où se situe la surface de la terre au milieu d’un océan ? «  À sa question enfantine, je vous épargne ma réponse ; tout le monde la connaît…

Le sol est une appréciation de surface

qui s’ancre avec l’industrialisation de l’agriculture, le productivisme ne faisant pas dans la dentelle. Mais curieusement encore aujourd’hui on dit rarement cultiver le sol, parce que l’expression cultiver la terre la devance très largement ; une expression héritée du temps où l’agriculture était l’art de cultiver la terre pour la rendre fertile indéfiniment.

Le sol est associé au productivisme, mais qu’est ce que le productivisme ?

C’est rechercher à accroître systématiquement la productivité. Et la productivité est le potentiel naturel d’un organisme à produire. Exemple : si vos aptitudes vous permettent de travailler 8 heures par jour, le productivisme vous fera travailler 12 heures par jour, quitte à vous épuiser rapidement, ou même à vous tuer parce que seuls l’économie et les rendements élevés priment dans le productivisme. Les individus et la terre ne sont que des objets à l’opposé de la productivité qui les prend en compte. La productivité est synonyme de fertilité et d’humanité tandis que le productivisme est liée à la croissance des capitaux financiers.

En résumé,

le mot sol colporte une intention productiviste quand celui de la terre continue à porter celui de la terre nourricière et maternelle. En représailles aux idées qu’il transporte, peut-être devrions-nous refuser d’employer le mot sol, le bannir de notre langage au nom de la permanence de l’agriculture, de sa durabilité, de l’agroécologie et de la perma-culture ?

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